Souveraineté Économie

Feux de forêt : Macron et la politique de nos terres brûlées

TRIBUNE. Face à l'ampleur des feux de forêt de cet été et au recours à l'aide européenne, Frédéric Roussey* analyse les failles du dispositif français de lutte contre les incendies et appelle à un sursaut budgétaire et stratégique de l'État.

 

 

Les images venues de Gironde, des Landes, du Var ou encore des Pyrénées sont apocalyptiques et de l’ordre du jamais-vu en France. C’est d’une tristesse infinie pour le pays et les habitants de ces régions qui vont tout perdre. Des dizaines de milliers de personnes évacuées, des milliers d’hectares partis en fumée, des maisons détruites, des pompiers épuisés, certains blessés, d’autres ayant déjà payé de leur vie leur engagement cet été: le tableau est terrifiant à la télévision. Face à l’ampleur des incendies, la France a même dû solliciter en urgence l’aide de ses partenaires européens par ce fameux mécanisme communautaire  pour obtenir des Canadair, des Air Tractor et des hélicoptères lourds.
 
 
Cette tragédie pose une question simple une fois encore et révèle notre déclin : comment la septième puissance mondiale peut-elle se retrouver dépendante de moyens étrangers pour protéger ses propres forêts, ses villages et ses citoyens ? Depuis des années, Emmanuel Macron nous explique que l’État investit, anticipe, prépare. Pourtant, lorsque survient une crise majeure, les mêmes constats reviennent et un sentiment profond de fatalisme : flotte aérienne vieillissante, effectifs humains limités, matériel insuffisant, pompiers qui dénoncent leur épuisement et collectivités contraintes d’improviser. Les discours se consument aussi vite que les forêts en ce moment. 
 

Où est passé l'argent public ?

Dans le même temps, les priorités budgétaires semblent une fois encore ailleurs mais pas pour nos concitoyens. L’État français a consacré des dizaines de milliards d’euros au soutien militaire et financier de l’Ukraine. Que chacun soit libre d’approuver ou non cette politique internationale mais une démocratie devrait toujours être capable de débattre d’une évidence : la protection des Français devrait rester la première mission de l’État.
 

La France ne manque ni d’ingénieurs, ni de pilotes, ni de pompiers, ni de savoir-faire. Elle a toutes les ressources pour. Ce qui lui manque, c’est un capitaine à bord.

 
Combien de Canadair supplémentaires aurait-on pu acquérir ? Combien de bases aériennes spécialisées aurait-on pu créer ? Combien de casernes auraient pu être modernisées ? Combien de pompiers professionnels ou volontaires auraient pu être mieux rémunérés, mieux équipés et davantage formés ? Combien de massifs forestiers auraient pu être débroussaillés, surveillés par drones ou sécurisés avant que les flammes ne les dévorent ? Le changement climatique n’est pourtant pas une découverte et pourtant nos ministres qui se succoedent en la matière sont d’une nullité confondante. 
 
La souveraineté ne consiste pas seulement à prononcer de grands discours sur l’Europe ou la géopolitique mais elle commence par la capacité d’un pays à protéger son territoire, ses infrastructures et sa population lorsque le danger survient. Combien de Français sont en danger actuellement à proximité de ces brasiers géants qu’on ne parvient pas à éteindre ?
 

L'appel à une doctrine nationale

 
C’est la maison France tout entière qui brûle. Les incendies de cet été montrent aussi une autre réalité pour laquelle nous n’avons jamais rien anticipé : le changement climatique n’est plus une simple théorie mais un facteur permanent auquel il faut adapter notre appareil de protection civile. Il ne suffit plus de promettre des plans ou des conférences. Il faut une véritable doctrine nationale du feu, avec des investissements massifs dans les moyens aériens, les capacités terrestres, la prévention, l’entretien des forêts et la recherche.
 
Nos pompiers accomplissent des miracles avec un courage qui force le respect. Ils ne demandent pas des médailles supplémentaires. Ils demandent des avions qui volent, des véhicules performants, du matériel moderne et des effectifs suffisants. Ils demandent simplement que la Nation soit à la hauteur de leur engagement.
 
Un chef de l’État se juge aussi à ses priorités. Les crises révèlent toujours la vérité des choix politiques. Aujourd’hui, alors que des milliers de Français regardent leur patrimoine partir en fumée, beaucoup se demandent si l’argent public a réellement été orienté vers l’essentiel. C’était déjà le cas au moment du déclenchement de la pandémie de Covid 19.
 
La France ne manque ni d’ingénieurs, ni de pilotes, ni de pompiers, ni de savoir-faire. Elle a toutes les ressources pour. Ce qui lui manque, c’est un capitaine à bord, une hiérarchie des priorités qui place enfin la protection des Français avant les postures, les symboles et les ambitions internationales. Mais le règne de Macron se finit sur un naufrage, ou plutôt sur les cendres d’une véritable politique de nos terres brûlées et sacrifiées  depuis bien trop d’années.

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