Souveraineté

Géopolitique : pourquoi il est urgent de faire preuve de « réalisme »

Les règles issues de 1945 apparaissent désormais largement inadaptées à un environnement plus instable et concurrentiel. » Sur la base de ce constat, Sébastien Boussois, chercheur en géopolitique, appelle l’Europe à sortir de ses illusions et à s’adapter plus vite à cette nouvelle réalité.

« Le système international hérité de 1945 traverse une phase d’instabilité qui n’est pas près de se finir de sitôt. Il impose un diagnostic lucide et nécessite de convoquer d’urgence réalisme et retour à la réalité. Nous nous sommes hélas bercés trop longtemps d’illusions sur notre place dans le monde. Imaginer un retour à la normale après le départ de Donald Trump relève du delirium complet. Le monde s’est transformé en profondeur, et l’Occident est aujourd’hui contesté comme jamais.

L’ordre de 1945 reposait sur une ambition claire : prévenir les conflits majeurs via des institutions capables de dépasser les logiques étatiques. Ce modèle, façonné par les puissances occidentales, apparaît désormais fragilisé. Nombre de pays ne s’y reconnaissent plus et se tournent vers d’autres modèles promettant souveraineté et efficacité.

Les capitales du multilatéralisme, Genève, Bruxelles et New York incarnent cette perte d’influence. Le doute ne porte plus seulement sur leur fonctionnement, mais sur leur utilité même dans un monde devenu multi-multipolaire.

Depuis un siècle, le nombre d’États a explosé et le système international s’est complexifié. Les règles issues de 1945 apparaissent désormais largement inadaptées à un environnement plus instable et concurrentiel.

L’effacement du multilatéralisme

La recomposition actuelle se traduit par un retour des logiques de puissance. Les États-Unis cherchent à contenir la Chine, tandis que d’autres puissances affirment leur influence régionale. Dans ce contexte, les institutions internationales continuent de produire des normes, mais peinent à les faire respecter.

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Les Nations Unies ne parviennent clairement plus à s’imposer comme arbitre central. Un basculement s’opère vers des relations bilatérales, souvent transactionnelles, tendance accélérée mais non créée par Trump. La primauté des intérêts nationaux s’impose partout.

La question centrale devient celle de la confiance. Le multilatéralisme repose sur une adhésion collective aujourd’hui fragilisée. Le monde entre dans une phase où les États privilégient des arrangements directs, au risque d’en limiter la portée.

Vers un monde divisé mais recomposé

Les crises récentes illustrent cette instabilité et le retour des sphères d’influence. Parallèlement, les « Sud globaux » s’affirment, non seulement pour contester l’Occident, mais pour proposer des alternatives économiques et politiques.

Des organisations comme l’Organisation de coopération de Shanghai regroupent près de 40 % de la population mondiale, illustrant ce basculement. Le monde qui émerge n’est pas post-occidental, mais rééquilibré.

L’Europe, encore attachée à ses réflexes normatifs, peine à intégrer cette mutation. Or, la diplomatie ne suffit plus sans souveraineté énergétique, numérique et militaire. Face à des puissances qui assument leurs intérêts, l’Occident doit sortir de ses illusions. S’adapter ne signifie pas renoncer, mais comprendre. Faute de quoi, le déclassement deviendra une réalité. »

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur en géopolitique, collaborateur scientifique CNAM Paris, directeur de l’IGE (Institut Géopolitique Européen).

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